Éditorial de Juin 2009

   

Sortir du piège.



Avec le retour des beaux jours, le trajet à vélo revêt des habits de plaisir. Faire quelques kilomètres à vélo dans la fraîcheur matinale, au son des oiseaux et au rythme de la nature est une expérience très agréable. D’ailleurs, de plus en plus de personnes en profitent chaque week-end ou lors des jours fériés et vacances.

En semaine, le contexte est un peu différent. Le cycliste urbain a accès à ces plaisirs, mais sur un trajet imposé par la nécessité, et bien souvent en cohabitation avec les automobilistes se rendant à leur travail.

Le contraste est alors saisissant. En remontant les files de voitures le long de certaines  pistes cyclables, on peut s’interroger sur les raisons poussant ces automobilistes à rester ainsi bloqués, jour après jour et semaine après semaine, alors que ce même trajet est tellement agréable à vélo, et parfois même aussi rapide. Pour certains, il n’existe guère d’alternative. Mais ils sont nombreux à ne prendre finalement la voiture que dans la continuité d’une habitude prise de longue date, et pas vraiment remise en cause.

On n’est pas loin du piège abscond, décrit dans les manuels de théories comportementales. Il s’agit de la mise en place d’un comportement ayant entraîné un investissement ou un sacrifice important, que l’on perpétue en vue de justifier le choix initial. Les exemples sont nombreux, depuis la ménagère qui persiste dans un mauvais choix jusqu’aux grosses erreurs politiques, telle la guerre du Viet Nam, en passant par les pertes financières en bourse ou en économie, à persister à sauver une entreprise ou un secteur condamné par l’évolution.

Mais, dans notre cas présent, c’est encore plus subtil. En effet, ce choix n’est pas vraiment fait au niveau de l’individu, tant est ancrée dans les habitudes l’utilisation quotidienne de la voiture. Il a été fait collectivement. Le « tout voiture » a été l’option développée durant des années, tant au niveau individuel que collectif, par des conceptions de villes adaptées à la voiture, de même que les entreprises, avec leurs parkings et autres voitures de fonction, et l’absence de prise en compte du cycliste.

C’est tellement dans les mœurs que l’on ne s’en rend même plus compte. Ainsi, la pratique du vélo est encore souvent considérée (à tort) comme dangereuse. Simplement parce que, en effet, en cas de collision avec une voiture, le cycliste est plus exposé que l’automobiliste. Mais, dans ce cas précis, c’est bien la voiture qui cause des dégâts, et devrait être considérée comme dangereuse, et non le vélo. Et pourtant, en première instance, ce qui vient à l’esprit n’est pas de supprimer les voitures, tant nous sommes dans le paradigme « tout voiture », mais de ne pas utiliser le vélo, puisque ce serait dangereux.

Nous sommes bien dedans !!!

Pourtant, nous pouvons en sortir, nous sommes en train de le faire. Il suffit d’y croire, et de s’y employer.
Et franchement, quel plaisir, une fois sorti du piège, de pouvoir profiter de la fraîcheur matinale, du rythme apaisé, et de la sensation de liberté retrouvée.

Bonne route,

Hervé
Président de l’Organisation Bus Cyclistes

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