Éditorial de Février 2009

   

Crise ou opportunité ?



On en parle beaucoup, ça occupe les esprits et les média : C’est la crise. Et cette fois-ci, c’est du sérieux.
Ah ? Bon. Alors, qu’est-ce qu’on peut en penser ? Est-il justifié de s’inquiéter, comment adapter nos comportements ?
Le mot “crise” trouve son origine dans le mot grec “Krisis”, qui signifie “décision”. En chinois, il est composé de deux idéogrammes “danger” et “opportunité de changement”.
Vu sous cet angle, c’est différent. Et il est aisé, dans le sujet qui nous préoccupe, à savoir le vélo, d’y voir une belle opportunité. Remplacer une partie des déplacements en auto par des déplacements à vélo est une perspective tout à fait séduisante, et nous œuvrons dans ce sens avec toute l’énergie de notre conviction et notre enthousiasme. Nous entendons régulièrement des phrases stéréotypées du style « de toute façon, il faudra bien s’y mettre, lorsqu’il n’y aura plus de pétrole… ».
Convaincus que le mouvement en marche est irréversible, ils sont de plus en plus nombreux. Voir dans la crise le début du changement est donc assez naturel, et peut donner un espoir bien agréable face à la sinistrose actuelle.

Très bien !

Mais ça ne va pas se faire tout seul. Nos sociétés s’appuient sur des modes de fonctionnement, très critiquables, avec des répartitions de travail et de richesses qui n’évoquent pas toujours le juste partage. A toujours s’appuyer sur les égoïsmes et l’avidité, on arrive à une impasse, écologique et humanitaire. Les notions de développement durable et de commerce équitable semblent justement contrebalancer cette stratégie suicidaire dans laquelle nos avons évolué durant si longtemps.
Cependant, il faut reconnaître que ce détestable modèle a un avantage incontournable : il fonctionne. Et s’il tombe, si l’inconscient collectif contribue à le bloquer, alors, il faut mettre en place les énergies nouvelles. Avec force, conviction, volonté et… Amour.

Mais que donc vient faire ce dernier mot dans cet éditorial ?

J’hésite à l’utiliser, tant l’histoire de l’humanité a démontré combien c’est souvent en son nom ou au nom de Dieu que de terribles exactions ont été justifiées. Et pourtant, affirmer que le système actuel se nourrit d’égoïsme et d’avidité entraîne automatiquement à se questionner sur une éventuelle alternative. Et l’opposé à l’égoïsme, c’est bien l’altruisme, et le moteur de ce dernier, n’est-ce pas l’amour ?

Et si la sortie de cette crise, sous forme de renouveau, devait plonger ses racines dans une nouvelle énergie, ne serait-il pas plaisant d’y mettre son enthousiasme, sa disponibilité, et son espoir ?

C’est pour cela que nous avons coutume de dire que l’Organisation Bus Cyclistes est une histoire d’amour. Amour de la nature, du déplacement simple et respectueux, mais également des autres. Je me suis récemment laissé dire par un cycliste urbain relativement novice, qu’au début, lorsque, par manque d’habitude, il se sentait en danger,  il ressentait une certaine agressivité envers les automobilistes, mais que cette dernière avait progressivement laissé place à la compréhension et la tolérance.

Je fais partie de ces idéalistes, de plus en plus nombreux, qui croient en l’homme et à la puissance de la compréhension mutuelle, la fraternité, et toutes ces valeurs connexes. Mais, bien souvent, il faut une crise pour mettre en branle ces ressources. Ainsi a-t-on vu de formidables mouvements de solidarité se mettre en œuvre durant ces drames qui ont ébranlé notre société. On a découvert des potentialités insoupçonnées lorsque l’amour du prochain, sous forme de compassion, se met à s’exprimer. Tout ça grâce à l’amour, au sens large.

Mais, avant d’aimer l’autre, il faut s’aimer soi-même.

Prendre le vélo à la place de la voiture, en profiter pour se faire du bien, c’est un premier pas. S’ouvrir aux autres en se rendant volontairement et ouvertement disponibles pour aider son prochain à mettre le pied à la pédale peut constituer le deuxième pas. Pour cela, il suffit de devenir un guide cycliste, en participant à l’action de l’OBC.

Agir ainsi, même si ça peut sembler dérisoire, apporte au moins le sentiment de faire quelque chose, même si peu, pour transformer cette crise en opportunité.

A l’OBC, nous y croyons, et nous sommes loin d’être seuls.

Bonne route, à vélo


Hervé
Président de l’Organisation Bus Cyclistes

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