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Éditorial
de Février 2008
De nuit à
vélo
Il y a deux ans, le tout premier éditorial des bus cyclistes
était intitulé « Réglages
automnaux ». Il y était notamment question de
l’équipement que le cycliste doit se fournir pour
rouler de façon confortable, et également des
éléments de sécurité, parmi
lesquels on trouvait le gilet réfléchissant et,
bien sûr l’éclairage.
Deux hivers plus tard, on peut mesurer le changement dans les
comportements. Comme indicateur, je prendrais le nombre de cyclistes,
le matin et le soir sur la digue de la Garonne, à Toulouse.
Alors que durant plus de dix ans, j’ai pris quotidiennement
cette digue sans rencontrer de cycliste, ou très rarement,
on en rencontre aujourd’hui des dizaines chaque matin et
chaque soir, et ce, dans les deux sens.
Il y a de quoi s’en réjouir si on est pour la
cause cycliste ou écologique. Et il y a également
de quoi réfléchir.
Cette digue n’est pas éclairée, elle
est sombre, la voie n’est pas très large et, bien
qu’elle soit moins étroite que bien des pistes
cyclables, il faut être vigilant pour se croiser à
vélo, avec un écart de moins de deux
mètres.
Deux mètres, ça peut sembler luxueux. Oui,
à condition de se voir. Or, à ce niveau, il y a
un souci. Je n’exagère pas en disant que plus de
moitié, pour ne pas dire la grosse majorité des
cyclistes que j’ai croisé de nuit sur cette digue
n’étaient équipés ni de
lumière, ni de gilet réfléchissant. Et
comme 25 + 25 font 50 aussi sûr que 1+1 font 2, croiser avec
50 km/h d’écart un cycliste que l’on
n’a vu que lorsqu’il se situait à 10
mètres, ça laisse un souvenir
impérissable, et ça motive pour rapidement
baisser l’allure de 10km/h.
Quel dommage ! Alors qu’il est extrêmement plaisant
de constater cette réelle prise de conscience,
s’accompagnant d’un véritable changement
de comportement, nous en sommes à voir la
sécurité des cyclistes se dégrader et
leur image également. Pourtant, ce n’est pas faute
de messages de sensibilisation. L’association Vélo
de Toulouse, par exemple, fait régulièrement des
sorties nocturnes à vélo, et le message
concernant l’éclairage y est dispensé
très clairement. Et ils ne sont pas seuls.
Pourtant, les solutions techniques existent, et elles sont de bonne
qualité, à condition d’y mettre le
prix, ou d’être astucieux. Les vieilles dynamos
inefficaces qui se comportaient en freins particulièrement
bruyants ont laissé place à des
équipements à diodes, alimentés par
pile ou par dynamo dans le moyeu. L’éclairage
à halogène à l’avant, est
efficace et rechargeable. Il est même suffisamment puissant
pour pouvoir faire des « appels de phare » aux
automobilistes qui restent en feux de route, ce qui peut être
très apprécié en pleine campagne.
Ce déficit d’équipement peut-il
s’expliquer par le fait que, à vélo en
ville, grâce à l’éclairage
public, la lumière du vélo n’est pas
indispensable pour voir la route ?
Peut-être.
C’est vrai qu’en ville, on voit parfois
également des automobilistes qui oublient
d’allumer leurs feux lorsqu’ils
démarrent. Mais je crois plus à un
défaut de prise de conscience, et également au
fait que l’équipement d’origine des
vélos est bien souvent si mauvais qu’il
disparaît ou dysfonctionne rapidement.
Toujours est-il que cet état de fait ne peut perdurer. Cela
entraîne des risques pour les cyclistes et les autres usagers
de la voie, y compris les piétons, et cela leur donne une
mauvaise image. A n’en pas douter, ce comportement
regrettable est en train de changer. Mais ne traînons pas.
N’attendons pas qu’un
évènement douloureux nous fasse
réaliser qu’être bien vu la nuit, ce
n’est pas que pour l’esthétique.
Bonne route
Hervé
Président de l’Organisation Bus cyclistes
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