Éditorial d'Octobre 2007

   

Ridicule ! ! !



Il est ridicule !!! C’est ce que je pensais à l’époque de ce professeur de collège qui venait au travail à vélo. Avec son vieux vélo, ses sacoches et sa barbe, il était bien loin des clichés de « la classe », telle que nous la concevions entre nous, collégiens de 13 ans. Et vraiment, sincèrement, je l’ai souvent trouvé ridicule.

Bien plus tard, lorsque moi-même je perpétuais ce mode de déplacement depuis mon enfance vers ma pleine maturité d’adulte, je savais que je glissais doucement vers ce cliché, vers l’image qu’évoquait pour moi le souvenir de ce prof. Il ne me manquait que la barbe et, franchement, je dois bien reconnaître que ce n’est pas cet élément du tableau qui contribuait le plus au sentiment que je ressentais. Cela me faisait plutôt sourire en y pensant.

Tout ceci porte bien à réflexion, et je dois dire que la situation évolue bien, et que cela justifie à mon avis qu’on se réjouisse : on y gagne de la liberté.

Pour illustrer le débat, je vais commencer, comme souvent, par une petite anecdote personnelle. Je viens d’emménager dans un petit lotissement récent, constitué de près de cent maisons en terrain privatif, protégé par un grand portail électrique. Etant situé à environ 500m de l’entrée, aller chercher le courrier, vider les poubelles, ou tout simplement ouvrir le portail à un visiteur me demande donc un petit kilomètre de déplacement. Mes voisins le font en voiture. Mais franchement, moi, ça ne me convient pas du tout. Le vélo ? difficile de porter les poubelles à la main. Les rollers ? Il me faut le temps de me chausser. Le plus simple, c’est le skate-board, dont j’ai conservé deux exemplaires de mon adolescence. Mais, franchement, à 45 ans, pousser un skate d’une jambe comme le font les jeunes, je me serais senti parfaitement ridicule.
J’ai hésité le premier jour. Et je me suis dis que si je m’interdisais ce comportement ce jour-là, ça allait être définitif. Et bien dommage. Et je me serais privé d’un comportement astucieux et agréable, car c’est très amusant. Alors, au diable le ridicule, j’ai franchi le pas et à présent, je m’amuse bien sur mon skate, ce qui m’a par ailleurs fait avoir des contacts avec beaucoup d’enfants, à mon grand plaisir. 

Une autre anecdote me vient sur ce sujet. Cet été, en vacances au bord d’une petite rivière, j’ai vu quatre sexagénaires, dont le profil fait comprendre pourquoi le gouvernement fait des campagnes de promotion pour l’exercice physique, embarquer sur deux petits bateaux pneumatiques pour enfants, en vue de faire la descente de ladite rivière, le long du camping. Le tableau était vraiment épique. S’amusant comme des enfants, leur joie faisait plaisir. Et ils étaient… parfaitement ridicules. Ce qui ne les a pas empêché de passer un bon moment qui, à n’en pas douter, fait partie de leurs meilleurs souvenirs de cet été.
Je n’ai pu m’empêcher de penser que cela aurait été parfaitement impensable il y a seulement quinze ou vingt ans. A l’époque, je n’arrivais pas à trouver un partenaire pour faire du roller quad, associé à un jeu pour enfants.
Nous avons vraiment gagné en liberté. D’une part, je pense qu’il y a moins de jugement et plus de compréhension des uns envers les autres. D’autres part, il semble de plus en plus admis que la peur du ridicule n’est plus une raison valable pour se priver de bons moments de plaisir.

Si en plus, on rajoute le fait que se déplacer à vélo actuellement est de plus en plus « tendance », alors, il n’y a plus aucune raison de se priver, et surtout pas cette peur du ridicule qui, j’en suis persuadé, a pourtant bien été un frein il n’y a pas si longtemps.

Bonnes route.


Hervé
Président de l’Organisation Bus cyclistes

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