Éditorial de Novembre 2007

   

T'as Accéléré !



« T’as accéléré ! ».

C’est par ces deux mots qu’un automobiliste avait interpellé un cycliste, suite à une succession d’actions et de petits gestes échangés entre eux.

Cette anecdote, qui m’a été rapportée, me fait toujours sourire. D’une part parce que cet échange de phrases est cocasse. Comment un automobiliste peut-il se plaindre du fait qu’un cycliste ait accéléré, alors que lui a cent chevaux sous le capot, et le cycliste juste deux à trois centaines de Watts dans les jambes. Et d’autre part, parce que cette aventure s’est terminée en bon enfant, chacun ayant mieux compris le point de vue de l’autre.

Mais, je me dois tout d’abord de raconter les faits.

Le théatre de cet échange est le trajet boulot d’un cycliste et d’un automobiliste. C’est à l’arrivée dans un rond-point, en faux plat descendant très rapide. Comme ça descendait bien, le cycliste roulait entre 35 et 40 km/h. Ce petit rond-point, peut se passer en ligne droite pour un cycliste, en se rapprochant du centre, de façon parfaitement sécuritaire, et très bien comprise par les automobilistes le suivant. Donc sans modification de vitesse. En revanche, une auto, pour contourner le terre-plein central, doit ralentir jusqu’à environ 15 km/h.

Toutes ces subtilités ne faisaient sûrement pas partie du référentiel de l’automobiliste qui rattrapait le cycliste à 50 km/h, avec la ferme intention de le dépasser juste avant le rond-point. Ce qui aurait eu comme conséquence inévitable pour le cycliste, de devoir se précipiter sur les freins, ralentir à 15 km/h, puis relancer le vélo.
Visiblement, le calcul de l’automobiliste n’était pas réaliste, ce qui l’a contraint à renoncer au dernier moment au dépassement, et qui s’est traduit par un gros freinage et une certaine frustration, qu’il ne s’est pas privé d’exprimer au cycliste.
L’explication s’ensuivant s’est très bien terminée, l’automobiliste, pratiquant le cyclisme de loisir le dimanche matin, ayant rapidement compris point de vue du cycliste, et s’étant alors excusé.
J’utilise ce petit fait comme sujet d’éditorial car il a suscité en moi des réflexions, que je me propose de faire partager.

Cet automobiliste ne cherchait en aucun cas à gêner, le cycliste, encore moins à le mettre en danger. Ce qui s’est passé, c’est qu’il a tout simplement mal évalué sa vitesse par rapport à celle du vélo. Je pense que la prochaine fois, il tirera parti de son expérience et ne se trompera pas ainsi. Seulement voilà, ce genre d’expérience est rare. Plus exactement, sa fréquence est liée au nombre de cyclistes sur la route. Sur ce trajet, à 15 km de Toulouse, des cyclistes en semaine, il n’y en a pas beaucoup, peut-être quatre ou cinq. Difficile dans ces conditions de s’habituer à doubler un cycliste.

Nous sommes encore une fois au coeur de cette question des changements de comportements. Que ce soit au coeur des villes, où le phénomène est bien amorcé, ou à la périphérie, où il démarre et où justement les bus cyclistes peuvent jouer un rôle important, l’augmentation du nombre de cyclistes se traduit par de nouvelles règles du jeu, parfois à créer à force d’observer et de comprendre.

Et même si parfois l’agressivité est facilement invitée par la peur, d’un côté comme de l’autre, car parfois un automobiliste peut avoir eu peur de heurter un cycliste, ou par l’agacement, je reste profondément optimiste sur le fait que tout cela se régulera et qu’il deviendra de plus en plus facile d’utiliser le vélo pour ses déplacements.

Après tout, cet automobiliste, pratiquant le cyclisme de loisir, apprécierait sûrement lui aussi de pouvoir utiliser son vélo la semaine pour commencer sa journée de travail après une agréable sortie à vélo avec des amis.

Si un jour en semaine vous le voyez à vélo, dites-le moi…

Hervé
Président de l’Organisation Bus cyclistes

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