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Éditorial
de Juillet 2007
De la revendication au partage

Il y a un an, je titrais l’éditorial «
vers une nouvelle cohabitation ? ». A
l’époque, je narrais avec humour et
même, je dois l’avouer, un certain plaisir,
l’augmentation du nombre de cyclistes dans des villes mal
préparées, avec les inévitables
frictions que cela allait immanquablement provoquer.
Un évènement lors d’une manifestation
récente à Toulouse qui ne s’est pas
entièrement déroulée comme
prévue, confirme d’une façon trop
éclatante que ce n’était pas
qu’une vue de l’esprit, et qu’il est
peut-être temps de réfléchir
à certaines modifications de directions, ou nouvelles
initiatives à mettre en place.
A l’origine, l’objet de la manifestation
était de protester contre un nouvel aménagement
d’une rue de Toulouse, qui remplace deux voies
bus/vélo en sens inverses et une double voie auto par une
bande piétonnière, une bande cycliste et deux
voies autos/vélo. Avec pour conséquence de
mêler les cyclistes au trafic dans un des deux sens. Il y a
bien, pour les cyclistes, la perte d’une voie en secteur
protégé, avec pour effet cette fameuse
co-habitation autos/vélos que
j’évoquais il y a un an.
La mise en place de cette dernière est justement le sujet
qui m’interpelle le plus aujourd’hui. En fait, il y
a dix ans et plus, les cyclistes urbains étaient rares.
Contrairement à ce qui se passe parfois
aujourd’hui, Il ne m’est jamais arrivé
d’avoir une difficulté pour stationner mon
vélo pour cause de place déjà prise.
J’étais peu considéré par
les automobilistes, c’est vrai, mais cela ne m’a
jamais posé un réel problème, je
m’adaptais. Et s’il m’arrivait,
exceptionnellement, d’emprunter un secteur
piétonnier ou bien une partie de trottoir, cela ne
constituait pas vraiment une gêne pour les
piétons, puisque c’était un
évènement exceptionnel ou rare.
Avec l’augmentation du nombre de cyclistes, les choses sont
en train de changer, et de façon assez nette.
Eduqué à la pratique du vélo il y a
trente cinq ans, j’avais appris que les vélos
n’avaient pas le droit de rouler sur les trottoirs, mais
devaient serrer le bord droit de la route pour pouvoir se faire
dépasser par les voitures.
Les nouveaux cyclistes urbains, qui, il n’y a pas si
longtemps, étaient des automobilistes quotidiens, semblent
avoir plutôt intégré le fait
qu’il n’est pas possible de rouler sur la route en
toute sécurité, et que c’est pour cette
raison que des pistes cyclables ont été
réalisées, en attendant que des « sites
propres » puissent se développer un peu partout
pour permettre le développement de l’utilisation
du vélo. Ces notions semblent justifier à leurs
yeux de réquisitionner les trottoirs pour se
déplacer à vélo. Et donc, les
piétons se plaignent du comportement des cyclistes.
Utilisant le vélo depuis trente ans, je vois bien
qu’il s’est développé une
sorte de rejet du cycliste de la part de certaines
catégories de personnes, et que cela n’existait
pas précédemment.
Je crois qu’il y a fausse route sur certains points et que
nous, associations souhaitant favoriser le développement de
l’utilisation du vélo comme moyen de transport,
avons un rôle à jouer. Tout d’abord, je
tiens à rendre hommage au travail de sensibilisation et de
conseil qui a été fait par ces associations
(l’obc, toute récente, n’a pas
participé à cet effort) et qui a eu pour effet
ces réalisations d’aménagements
cyclables. Quel confort psychologique pour un parent de pouvoir laisser
son enfant aller au collège à vélo en
sachant qu’il n’empruntera que des parcours
sécurisés. Il reste des choses à
faire, mais c’est bien amorcé. Mais,
aujourd’hui que la dynamique est bien lancée, que
le grand public commence à utiliser le vélo, il
faut se poser sérieusement la question de la
stratégie à adopter. Aménager le
territoire entier en pistes cyclables n’est pas possible.
Cela prendrait énormément de temps au regard de
la déferlante des cyclistes. Au rythme auquel vont les
choses, les infrastructures ne pourront pas suivre
l’augmentation du nombre de cyclistes. Et quand bien
même cela était réalisable, il restera
toujours un brin de route non équipée
à utiliser pour rentrer chez soi.
Partant de là, il faut bien se rendre à
l’évidence, les automobilistes doivent
réapprendre à prendre en considération
les cyclistes, et ces derniers rouler au côté et
parmi les voitures, sans forcément demander des conditions
inaccessibles.
C’est pour ce dernier point que l’Organisation Bus
Cyclistes a un rôle à jouer.
Nous nous appuyons sur ceux qui pratiquent déjà,
qui peuvent promulguer des conseils et rassurer les utilisateurs
potentiels. Et démontrer ainsi que, finalement, nous ne
sommes pas si loin de ça de pouvoir utiliser le
vélo à grande échelle. Il suffit de se
connaître, de connaître l’autre, et de
recommencer à partager la route. Avec un peu de temps, cela
s’adaptera.
Après tout, là où une voiture peut
passer, un vélo aussi.
Hervé
Président
de l’Organisation Bus cyclistes
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