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Éditorial
de Janvier
2007
Vers un changement de paradigme 
L’action
de l’Organisation Bus Cyclistes consiste à inviter
et aider ceux qui le souhaitent à laisser la voiture pour
prendre le vélo, par exemple pour aller au travail. En
premier abord, il ne s’agit que d’un simple
changement de moyen de transport. Et pourtant, ce tout petit changement
de comportement peut ouvrir la voie à de tels changements
dans les échelles de valeurs qu’il me fait
toujours penser à la révolution copernicienne.
A l’origine, le chanoine Copernic a proposé un
simple petit ajustement du système géocentrique
(la Terre au centre du système solaire) de
Ptolémée, dans le but d’obtenir,
grâce au système héliocentrique (le
soleil au centre), une description du mouvement des planètes
plus proche des mesures existantes à
l’époque. Copernic ne proposait que ce petit
ajustement, les mouvements des autres corps célestes
demeurant inchangés. Pourtant, un système
tournant autour de la terre implique d’avoir toutes les
étoiles « fixées » sur une
sphère tournant elle-même autour de la Terre. Et
au-delà de cette sphère ? Il y a Dieu…
Mettre le soleil au centre du système et assortir la Terre
d’une rotation propre a pour effet de supprimer la
nécessité de cette sphère des fixes,
les étoiles pouvant donc reculer
jusqu’à l’infini… Ainsi,
l’au-delà de la sphère des fixes
disparaît. Ce qui fait dire à Pascal : «
Le silence éternel de ces espaces infinis
m’effraie. », etc. La pensée occidentale
a bel et bien vécu un tel bouleversement que cette
odyssée de la pensée humaine est
considérée comme un changement de paradigme, du
grec « paradigma » qui veut dire exemple.
Les témoignages qui me reviennent
régulièrement, et ma propre
expérience, m’invitent à faire ce
parallèle étonnant. Pourquoi en effet un simple
changement de véhicule tient-il en germe un changement
d’échelle de valeurs ?
J’y vois trois raisons principales : la notion de discipline,
le changement du rapport au temps et le contact avec la nature. Prendre
son vélo le matin pour aller au travail demande un effort au
début (au début seulement). Cela implique un
petit effort physique, parfois une adaptation aux conditions
climatiques et un peu d’organisation. Concernant le temps de
trajet, il est fréquent qu’il soit
supérieur à celui du même parcours en
auto. En revanche, il varie très peu, en fonction notamment
du vent et de l’état de forme. Prendre le
vélo impose alors de gérer
différemment son temps. On entend souvent des personnes
évoquer leur manque de temps, leur course permanente.
Libérer le temps nécessaire pour prendre le
vélo n’est pas compatible avec un comportement
stressé, car alors, il y a toujours une bonne raison
d’être en retard et de prendre la voiture. Et en
pratique, à la fin du mois, on constate que le
vélo est resté au garage. Pour changer vraiment,
il faut se libérer un peu de temps, et on constate alors
combien on gagne en qualité de vie. On a
l’impression de vivre un peu à
l’ancienne, au rythme de la vie, et non plus de courir en
permanence à la recherche de loisirs ou
d’obligations. Le troisième point est le contact
avec la nature qui nous entoure. Le contraste est saisissant entre
l’intérieur anesthésié
d’une voiture, avec l’air conditionné et
la musique, qui nous coupe du monde, et le contact direct avec
l’entourage, y-compris soi-même, qu’on
ressent à vélo. Même en ville, le
cycliste a accès des dimensions de communion avec
l’entourage inaccessible à
l’automobiliste. La variation des efforts demandé
au cycliste en fonction du trajet le mer directement en contact avec
son état de forme. Parfois le plaisir de forcer se manifeste
et est le reflet d’une grande forme, d’autres fois
on choisira un rythme plus modéré. Le cycliste
constate ainsi les changements dans son humeur. Le vent, la
température, l’humidité sont
perçus de façons accrues, et ce n’est
pas désagréable. Les enfants adorent jouer sous
la pluie, alors que les adultes ne savent même plus
évaluer si une pluie est vraiment
pénétrante ou pas.
Hervé Bellut
Président
de l'Organisation Bus Cyclistes
Leader de la ligne
Toulouse 1, Léguevin/Blagnac
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