Éditorial de Mars 06 

Le rythme de la nature

Chaque année, c'est au retour du printemps que je me sens le plus proche de la nature, et cette impression est certainement partagée par le plus grand nombre. Nous ressentons l'allongement de la durée du jour et le réchauffement qui l'accompagne. Notre forme et notre humeur en sont directement positivement affectées.

Et pourtant. Force est de constater que les drôles de vie que nous menons nous ont sérieusement éloigné de cette nature. Nous avons cherché et trouvé le confort. Nous n'avons plus à subir les aléas du temps et nous pouvons vivre à 19° toute l'année, ou 22° si nous préférons, c'est juste une question de choix. L'expérience même de se faire tremper par une averse est devenue rare. Excessivement rare. A tel point que je suis souvent surpris en voyant tant de personnes courir depuis la porte d'un bâtiment jusqu'à leur voiture, alors même qu'en marchant elles n'auraient guère été mouillées. C'est comme si elles avaient oublié combien il faut du temps avant que la pluie ne mouille vraiment. Oublié par manque d'habitude certainement. J'ai ainsi souvent l'impression que certaines connaissances ou certaines impressions ont été perdues. Et je me demande alors si nous n'avons pas jeté le bébé avec l'eau du bain.

Alors ? On retrouvera des sensations fortes en suivant les aventures d'un groupe de volontaires filmés dans une île déserte ou je ne sais quel jeu télévisé.

Lorsqu'il pleut le soir au moment où je quitte le travail, je ne coure pas jusqu'à mon vélo, ou alors seulement en guise de plaisanterie. En effet, j'évite la pluie le matin car je ne souhaite pas arriver trempé au travail, mais je ne la redoute pas au retour, puisqu'il me suffit alors de me réchauffer sous la douche en arrivant à la maison. Comme mon trajet dure trois quarts d'heure, je suis assuré d'avoir mon compte et je ne suis pas à deux gouttes près. Et je dois reconnaître que, moyennant une tenue adaptée, il n'est pas question ici de s'enrhumer, être pris par une averse a aussi un côté agréable. Un des leaders de bus a écrit sur sa page d'itinéraire : "Il n'y a pas de mauvais temps, il n'y a que de mauvais imperméables". Ainsi, les enfants adorent souvent jouer sous la pluie ou marcher dans les flaques, et ils ne trichent jamais quant à ce qu'ils aiment en guise de jeu. C'est bien qu'il doit y avoir du plaisir. Ressentir l'eau ruisseler sur le visage, lutter contre les bourrasques de vent, puiser dans ses ressources en volonté, sont autant d'éléments qui me donnent le sentiment d'être intensément en vie. Parfois, je peste. Si des journées pluvieuses persistent durant plusieurs jours, il m'arrive de changer de mode de transport. Mais je me suis toujours senti privilégié de pouvoir faire régulièrement cette expérience durant laquelle je me sens si proche de la nature. Et sans avoir besoin de faire 200 km pour aller retrouver ces sensations durant une randonnée en montagne ou à la campagne.

Parallèlement, je rencontre des personnes qui viennent me témoigner leur enthousiasme à leur nouvelle pratique du vélo, tout surpris par la nouvelle liberté gagnée. "C'est fou tout ce qu'on voit en vélo qu'on n'avait jamais remarqué en passant tous les jours en voiture" ou "finalement, ce n'est pas fatiguant, il suffit d'essayer"…

On cite souvent le vélo comme exemple en disant qu'une fois qu'on sait faire du vélo, on ne peut pas oublier.

C'est vrai concernant la maîtrise de l'équilibre, mais c'est loin d'être le cas pour toutes les dimensions concernées.

Alors, on peut se poser la question : "Qu'avons-nous oublié d'autre ?…"

Hervé

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