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Éditorial de Juillet 06Le mois de la Grande Boucle
Faire le tour de la France à vélo. C'est un rêve pour
beaucoup de cyclistes ou cyclotouristes. Les vacances à bicyclette se
développent, et on peut comprendre pourquoi. Adopter ce mode de locomotion,
c'est aller à contresens de la tendance à l'accélération que nous subissons
dans tant d'autres domaines. Partir à vélo, c'est aussi faire le tri dans ce
qu'on emporte, et ainsi constater que nous pouvons nous passer de beaucoup de
choses qui nous entourent et finalement nous envahissent un peu dans le
quotidien. Et redécouvrir des plaisirs simples, des soirées à écouter les
grillons, à regarder les étoiles en se reposant des efforts de la journée.
C'est aussi être plus proche de son corps, de ses ressentis et de ses possibilités
et limites. Mais ce dont on parle beaucoup au mois de Juillet, ce n'est
pas du tour de la France à vélo, mais du Tour de France. Et là, ce n'est plus
la même chanson. Pas question de pauses à l'ombre après un petit pique-nique
près d'une rivière. Les kilomètres sont avalés à des moyennes fantastiques, la
tension de la course est permanente, excitante, exaltante. Et on peut
facilement se prendre au jeu. Il est si plaisant de s'identifier à ce héros qui
lance un dernier baroud d'honneur avant de se faire absorber par un peloton
lancé à 60 km/h à ses trousses à 10 kilomètres de l'arrivée après avoir fait
rêver la France entière durant une échappée de 130 km. Ce sont là deux facettes différentes du vélo, et toutes deux
peuvent nous procurer un très grand plaisir. Le mois de Juillet est sans aucun doute celui de l'année où
il est le plus question de vélo. Impossible de passer à côté. Les
retransmissions en direct sont quotidiennes et mobilisent un auditoire
grandissant d'année en année. Les réactions sont diverses. Beaucoup s'enthousiasment
devant cette illustration du courage, tandis que d'autres s'offusquent de ce
battage médiatique autour d'une industrie qu'ils qualifient de corrompue par
les affaires de gros sous et de dopage. Qui a raison, qui a tort, un peu des deux probablement, et
on peut en débattre longuement, chacun étant libre d'avoir son opinion. Il n'en demeure pas moins que, si on ne regarde que le côté
sportif et esthétique de ces retransmissions, on ne peut que se satisfaire de
la qualité grandissante du spectacle. Les prises de vue sont superbes, que ce
soit en vue aérienne ou depuis une moto qui nous met vraiment dans la course.
J'ai ainsi très souvent apprécié la beauté et la variété des paysages français
qui étaient traversés en trois semaines. Côté sport, le téléspectateur est
également servi. Il suffit d'avoir roulé un peu sur un vélo pour apprécier les
efforts, la puissance, la vitesse et la technique de ces courageux coureurs.
Les traversées des massifs montagneux sont l'occasion d'étapes passionnantes,
mais aussi motivantes. Car, et c'est ce que je souhaite souligner ici, regarder ces
héros monter un col constitue pour beaucoup bien plus qu'un simple instant de
détente devant la télé. Cela construit une motivation à vivre une expérience de
même ordre. Voir ces coureurs monter un col, avec ses paysages superbes et ce
défi que cela pourrait constituer pour le téléspectateur peut être extrêmement
stimulant. Je me souviens ainsi avoir regardé la montée du plateau de Beille
avec le chronomètre en main, et y être retourné deux semaines plus tard, sur
mon vélo, avec cette fois-ci le chronomètre sur le guidon. Il est intéressant à
ce titre de voir le nombre de bicyclettes pose sur les bords des routes dans
les cols du Tour de France. D'année en année elles donnent l'impression d'être
plus nombreuses. Le téléspectateur, ou tout au moins ce type de téléspectateur,
ne se contente plus d'absorber passivement les images qu'on lui donne à
consommer, il veut être acteur. C'est pourquoi chaque année, lorsque le Tour de France est
retransmis à la télé, je me plais à en apprécier le côté esthétique, en
écoutant mon côté doux rêveur qui me dit ces émissions auront immanquablement
pour conséquence de faire vendre quelques bicyclettes, de mettre quelques
personnes de plus sur les routes à vélo, et pourquoi pas, de remplir à terme
les bus cyclistes. C'est sûrement un peu candide mais qu'est-ce que c'est
agréable… Hervé
Bellut Président
de l'Organisation Bus Cyclistes Leader de
la ligne Toulouse |