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Éditorial de Février 06Cercle vertueux, cercle vicieux, prendre la bonne roue La bicyclette, c'est bien connu, est une affaire de cycles. Les roues, les pignons, les plateaux et tous ces accessoires ayant trait au fait de rouler l'attestent. Mais le cycliste urbain, celui qui prend son vélo pour aller tous les jours au travail, ressent avec beaucoup d'acuité tous ces autres cycles qui nous entourent et nous influencent. Je veux parler naturellement de tous ces cycles temporels qui ont marqué l'homme jusque dans ses croyances et ses philosophies. Cependant, au delà de tous ces cycles, il existe, dans mon expérience personnelle du déplacement en vélo, deux cercles particuliers qui m'accompagnent. Il s'agit de deux cercles entrelacés comme le noir et le blanc dans le symbole du Yin et du Yang. L'un est le cercle vertueux de la pratique, l'autre est le cercle vicieux de l'arrêt. Comme tout un chacun, j'ai mes goûts et mes préférences concernant les saisons, appréciant en chacune d'elle ses richesses particulières. Mais pour le point précis du trajet à bicyclette, le printemps et l'été se distinguent nettement de l'automne et de l'hiver, qui rendent la pratique du vélo bien plus difficile. Et au mois de février, en hiver, nous en sommes en plein dedans. Heureusement que c'est le mois le plus court de l'année car il m'a souvent parût le plus long. Il fait fréquemment froid, il fait encore nuit le matin quand je pars et le soir quand je rentre, et l'excitation des nouvelles sensations procurées par ces circonstances a laissé place à l'attente du printemps. Chaque année, c'est à cette période que j'ai le plus été tenté d'abandonner le vélo pour goûter au chauffage de ma voiture, quitte à devoir supporter les encombrements et adopter un comportement me correspondant moins. Les fois où j'ai ainsi changé mon comportement m'ont montré que, plus je prenais la voiture, plus j'étais tenté de le faire, les raisons de reprendre la voiture se multipliant. Un jour il risque de pleuvoir, une autre fois j'estime ne pas avoir suffisamment dormi, ou bien la pile de ma lampe est usée et je n'ai pas pris le temps de la changer. Et pour couronner le tout, je sais que plus longtemps j'arrête le vélo, plus il me sera difficile de reprendre. En effet, avec la baisse d'entraînement, le trajet peut passer de 45 minutes de plaisir à 50 minutes de galère, la forme n'y étant plus, le moindre coup de vent de face semble avoir été décidé par une entité maléfique dans l'unique but de me décourager. Et je ne parle pas des côtes qui semblent s'être redressées durant ma halte que je croyais salutaire. A contrario, la pratique régulière du vélo, particulièrement lorsqu'elle est quotidienne, entraîne une meilleure forme qui se traduit par des trajets plus faciles et plus rapides. Les montées sont franchies facilement. Le pratiquant adepte de cyclisme se sent dans ce cercle vertueux qui fait que plus il roule, plus il a envie de rouler, entraîné dans une spirale dont seul le temps matériel à consacrer à l'activité semble capable de fixer les limites. Avoir pris conscience de cette formidable dynamique me permet en outre d'apprécier les changements de forme dus, non pas à la baisse d'entraînement, mais tout simplement au rythme des saisons. Cela aussi, c'est un secret sur nous-même qui nous est dévoilé par ces petits déplacements semblants anodins. Cercle vertueux, cercle vicieux, cette dynamique apparaît clairement avec la pratique. En prendre conscience permet, les jours sans, de choisir "la bonne roue"… Hervé |